Claude Lévi-Strauss [05:00:41]

Le creuset familial : l'art en partage...

  • (La SFP présente)
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    Archives du XXe siècle réunies par Jean José Marchandentretiens filmés entre 1969 et 1974Claude LÉVI-STRAUSS né en 1908dates du tournage les 25, 26 et 27 Juillet 1972 à Montigny sur AubeClaude Lévi-Strauss, d'abord agrégé de philosophie, a complètement renouvelé l'ethnologie, en lui appliquant l'analyse structurale à partir de la linguistique.Il fonda ainsi le «structuralisme» qui fut, de 1958 à 1968, un vaste mouvement scientifique et littéraire.Il travailla d'abord sur les Indiens du Brésil en employant les méthodes de la sociologie française.C'est aux Etats-Unis, conseillé par le grand linguiste Roman Jakobson, qu'il mit au point la nouvelle méthode : son premier ouvrage fut Les structures élémentaires de la parenté, c'est-à-dire, les règles et les normes de toute société.Après un brillant livre de souvenirs, Tristes tropiques, il fonda l'anthropologie structurale, l'étude des systèmes sous-jacents aux relations humaines.Puis il se consacra à l'élucidation des religions des peuples sans écriture : Les Mythologiques, déchiffrements des logiques très particulières élaborées par l'humanité pour résoudre les problèmes posés par l'infinie variété des attitudes sociales.A partir de 1975, Claude Lévi-Strauss appliqua sa méthode à l'art et à la littérature, analysant les grands maîtres qu'il ne cesse de célébrer, mettant au jour l'ordre secret qui gouverne leurs oeuvres.Principaux ouvrages : Les structures élémentaires de la parenté (1949), Anthropologie structurale (1958 et 1976), Mythologiques (de 1964 à 1971), Le regard éloigné (1983), Regarder, écouter, lire (1993)Questionnaire établi par Hubert DamishClaude LÉVI-STRAUSS est interrogé par Jean José MARCHANDPremière partie
  • (Sons tournage)
  • Jean José Marchand
    Claude Lévi-Strauss, voudriez-vous nous parler d'abord de votre famille ?
  • Claude Lévi-Strauss
    Mon père, qui est mort il y a une vingtaine d'années, et ma mère, qui vit toujours, étaient cousins issus de germains, si bien que je n'ai pas tellement à parler, de deux familles, que d'une seule.C'est une famille alsacienne, établie dans la région de Strasbourg, Brumath, Ingwiller, Marmoutier, une zone d'une cinquantaine de kilomètres au nord, nord-ouest de Strasbourg, dont certains membres sont montés à Paris, comme on dit, au début du XIXe siècle, d'autres ont quitté l'Alsace après la guerre de 70, et, autant que je puisse remonter dans son passé, j'y arrive, sans grande difficulté, jusqu'à la première moitié du XVIIIe siècle.C'était, pour une part des rabbins, pour une autre part, des négociants, marchands de bois ou marchands de biens, et j'ai rassemblé, enfin dans cette maison où nous sommes d'ailleurs, toutes sortes de portraits de bisaïeuls ou de trisaïeuls, qui sont à peu près contemporains de l'époque de construction de la maison ; ce qui fait que ça me recrée un passé dans un cadre un peu différent de celui d'où il a pris son origine.Mais ce qui a été sans doute déterminant, dans l'histoire de cette famille et de mon point de vue, parce que je pense que c'est ça surtout que vous voulez savoir, c'est du côté de ma mère, le fait que, elle-même et deux de ses soeurs aient épousé des artistes peintres ;et, du côté de mon père, que mon arrière-grand-père maternel Isaac Strauss, ait été d'une part, un musicien, chef d'orchestre des bals de la cour de Louis Philippe et de Napoléon III, et d'autre part, un collectionneur un peu marchand sur les bords et de cette triple hérédité, si je puis dire, vient, à la fois, mon goût pour la musique... Que la musique jouait un très grand rôle dans la famille de mon père, à cause des souvenirs qui s'attachaient à mon arrière-grand-père qui avait connu Rossini, dans le salon duquel Chabrier, je crois bien, avait fait ses débuts, qui lui-même avait collaboré avec Offenbach puisqu'il était l'auteur du quadrille d'Orphée aux enfers de la Vie Parisienne.D'autre part, le goût, disons pour les objets d'art ou peut-être plus simplement pour la curiosité, beaucoup d'objets célèbres étaient passés entre les mains de mon arrière-grand-père.Il avait fait lui-même une importante collection d'antiquités judaïques, qui, après sa mort a passé dans les collections des musées nationaux, elle était au musée de Cluny, et, bien qu'elle ne soit plus exposée, je l'y ai vu dans mon enfance, mais elle fait toujours partie des collections d'Etat.Et d'autre part, ce père, ces deux oncles artistes peintres, qui font que je suis né, j'ai grandi dans les ateliers d'artistes, et j'ai eu entre les mains des crayons et des pinceaux, en même temps que j'apprenais à lire et à écrire.
  • Jean José Marchand
    Avez-vous été un enfant pieux ?