Elie Buzyn [03:52:14]

Avec « les enfants de Buchenwald »

  • Jean-Baptiste Pérétié
    Armand c'est Armand Bulwa, le camarade dont vous parliez tout à l'heure.
  • Elie Buzyn
    Et...C'est la ceinture qui nous a liés comme ça un peu il faut le dire. Et donc quelques jours après, on vient nous chercher. Tous les jeunes qui étaient là-dedans. Parce que déjà là le camp on savait qu'il y avait des jeunes qui sont arrivés, qui n'ont pas été exterminés à Auschwitz, qui ont travaillé à Auschwitz ou dans d'autres camps.Armand il venait de Czestochowa il venait d'un autre camp. Et donc ils ont dit, ils vont quand même pas mourir maintenant. S'ils ont passé ce qu'ils ont passé, il faut quand même faire quelque chose pour qu'ils tiennent le coup. C'était la décision interne du camp. Est-ce que vous comprenez ?Et on était mille, c'est pas rien, c'est pas trois, c'est pas dix, c'est pas quinze vous savez c'est mille. Mille jeunes entre...entre trois ans, le plus jeune [Youcheck], il avait trois ans, il est rentré, son père l'a rentré dans un sac dos. Vous voyez. Il arrivait pas d'Auschwitz hein. Il arrivait d'un autre camp, un genre de camp comme le ghetto je ne sais pas où.Et donc il l'a mis dans le sac et il est rentré avec. Et quand les gens du camp ont vu que dans son sac, parce que les gens avaient des sacs, des valises, des machins comme ça. Nous, on n'avait rien, parce qu'on venait d'Auschwitz.Ceux qui venaient de leur ville comme s'il venait du ghetto de Lodz vous voyez ou du ghetto d'ailleurs, ils avaient des affaires. Une valise, un ballot ou un machin... Et quand les gens du camp ont vu que dans le sac il y avait un gamin de trois ans ils l'ont rentré en cachette à l'insu des nazis, des SS. Et ils ont dit celui-là il faut le sauver.Il y avait trois autres qui étaient plus grand quand même qui avaient huit ans, dix ans, il y avait... En tout, ils étaient quatre. Quatre jeunes de vraiment... des enfants, ce qu'on appelle les enfants de Buchenwald, c'est un faux concept, c'est un concept qu'il y avait quatre enfants de Buchenwald.Et tous les autres qu'on appelait « enfants » étaient des adolescents qui avaient seize, dix-sept ans, dix-huit ans vous voyez. Entre quinze et dix-huit ans. Et dans lesquels sont infiltrés encore des gens qui avaient vingt-sept ans ou vingt-trois ans parce qu'ils se sont rajeunis, parce qu'ils savaient qu'on faisait partie d'un groupe privilégié, est-ce que vous comprenez ?
  • Jean-Baptiste Pérétié
    En tout cas vous vous faisiez partie des jeunes, des adolescents et donc l'administration interne du camp décide de vous venir en aide.
  • Elie Buzyn
    Alors l'administration interne du camp, il dit bon, il y a mille jeunes comme ça qu'il faut sauver à tout prix. Les conditions du travail à l'extérieur du camp, à l'extérieur parce que tout le... dans le camp il y avait pas de travail, des usines ou des choses comme ça. C'était tout ça à l'extérieur, étaient effroyablement difficiles, surtout pour les gens non qualifiés.Bien sûr les gens qui avaient une qualification supérieure, d'électricien, de je ne sais pas moi, avaient un travail disons plus normal acceptable mais les non qualifiés faisaient de gros travaux de terrassement, de travaux lourds et tout ça. Et la mortalité dans le camp de Buchenwald parmi les gens de...triangles rouges hein, il faut le dire était élevée.Il y a beaucoup de victimes, par le travail, dans ces camps là. Et ils ont pris la décision collective en disant si on les sort pour travailler dehors ils sont foutus. Ils sont foutus pour des raisons, parce que, d'abord, l'état dans lequel ils sont arrivés dans le camp était déjà tellement limite.Que si en plus on leur rajoute des travaux de force à l'extérieur, parce que des qualifications on n'en avait pas, vous comprenez bien. Eh bien, c'était une décision mais il fallait faire quelque chose, il fallait faire quelque chose. Alors les décisions et tout ça, on l'a su après hein.Tout ce que je vous raconte c'est quand même reconstitué à partir des témoignages de gens de Buchenwald et tout ça. Parce qu'on ne savait pas. On savait qu'il y a des gens qui veillent sur nous. Et je peux vous dire que dans le contexte c'était très réconfortant. C'était extrêmement encourageant.De dire qu'il y a des gens qui pensent à vous, à ne pas vouloir en terminer, à ne pas vouloir vous exterminer c'est assez... C'était exceptionnel par rapport à tous les autres camps. C'est pour ça que je pense ça vaut la peine d'en parler parce qu'il faut en parler, il faut en parler. Donc ils ont pris une décision au sommet. Au sommet des gens qui dirigeaient le camp à l'intérieur.Un, ils sortent pas, il faut tout faire pour qu'ils sortent pas travailler dehors, un. Deux, il faut les regrouper dans des baraques, dans des blocks spéciaux et les isoler à l'intérieur du camp dans ces blocks spéciaux. Pourquoi ? Premièrement pour les isoler pour qu'ils ne s'éparpillent pas n'importe où.Et deuxièmement il y avait beaucoup d'homosexuels dans le camp de Buchenwald et qui représentaient un danger pour tous ces enfants et tous ces jeunes adolescents, est-ce que vous comprenez ? Ils ont dit comme ça, même les gens du camp ne pourront pas... Je ne sais pas si on vous a parlé de ça, mais... si ... on vous a parlé ?Mais moi je le dis ouvertement je dis telles que sont les choses. Et c'était une décision en niveau supérieur pour que les gens du camp ne puissent pas pénétrer dans nos baraques facilement. Et qu'ils ne puissent pas pénétrer du tout. C'est-à-dire qu'il y avait des barbelés électrifiés autour du camp.Mais il y avait des barbelés, non électrifiés, quand même il ne faut pas exagérer, mais il y avait des barbelés à l'intérieur, autour de ces deux blocks, qui étaient d'ailleurs séparés, ils étaient pas ensemble. Il y avait un numéro 8.